Artiste

SKIP THE USE
Biography

Trois années d’absence. Autant dire une éternité. Pour les fans et les autres. Le temps (et ce que l’on en fait), élément important de ce nouvel album de Skip The Use, file aujourd’hui à toute allure, réseaux sociaux et écrans noirs, la donne a changé. Pour le meilleur et parfois le pire. Pour le pire et parfois le meilleur. Matt Bastard et Yan Stefani n’ont pas disparu depuis 2016, date de cette séparation qui n’en a jamais été vraiment une. Ils ont travaillé, dur, à distance.

En solo pour Mat, côte ouest, États-Unis. En groupe avec The NoFace pour Yan. La vie est ainsi faite, elle dessine des bifurcations, offre des choix et alimente des désirs. Elle s’offre aux plus courageux.

2019 : “Past & Future”, le nouvel et incandescent album de Skip The Use, existe. Ce n’est ni un remix, ni une reforma­tion, ni une dernière chance. Non. C’est une amitié consolidée, une envie brûlante d’en découdre avec les clichés et les certitudes, surtout, le besoin d’édifier une passerelle temporelle entre hier et demain, pour mieux fédérer les cœurs et rapprocher les générations, les âmes et les corps.

Ce disque est à la fois une main tendue, un poing serré, un sourire en coin, un club en fusion et une virée électrique qui ne fait pas de prisonnier. L’identité de Skip The Use, faite depuis toujours d’éclectisme, de passion, d’indépendance forcenée et de brassage sans frontière semble s’être renforcée ici, elle explose, elle vibre, elle ondule avec une rage et une énergie proprement démentes. Rock, metal, punk, pop, trap, hip hop, électro, on s’en fout, rapidement, on comprend que le groupe nordiste préfère, aux restrictions idiotes, la liberté sans filet. C’est probablement pourquoi le groupe a décidé de produire lui-même cet album. Pour s’assumer pleinement et ne se cacher derrière aucun paravent trompeur. Il n’y a que le temps et l’expérience qui soient capables de ça.

Et Mat et Yan n’en manquent assurément pas.

Mat: “Avant de parler de ce qui nous a poussés à nous y remettre, il faudrait parler peut-être de ce qui nous a poussés à arrêter à l’époque. Dans le groupe, on a toujours tout fait d’abord à deux. Ça, on ne l’a jamais vraiment dit mais c’était le cas. Skip The Use, ce n’est pas que la musique, composer et écrire des textes, non. Il faut gérer tout un ensemble très vaste, avec donc les disques mais aussi les concerts, la promo, les visuels. Et pour nous deux, ça a toujours représenté 300% de nos vies, le groupe, on a tout donné, pendant dix ans, on a tout donné! Ce break, parce qu’il s’agissait plus d’un break que d’une vraie séparation, c’était un besoin de respirer, d’apprendre de nouvelles choses. On l’a fait et maintenant, on peut retourner à Skip The Use. En travaillant différemment, en apprenant à s’aménager des périodes où l’on peut travailler sur d’autres choses, ensemble ou séparément, en parallèle. Ça peut être de la prod, de la musique du film, être acteur, Yan a monté son label, Vanille Records, j’ai ma boîte d’édition. On évolue, on grandit encore, on progresse. C’est quand même le plus important, non?”

Yann: “On a décidé de repartir pour un tour vers décembre 2017. On s’est juste appelé, on s’est vu, on a discuté. Une discussion d’abord informelle, on a fait le point, on a évoqué de bons souvenirs pour finir par se demander comment repartir avec Skip The Use, sur quelles bases…”.

Mat: “Moi, souvent, aux États-Unis, je me disais: “Oh, Yan serait trop content de travailler avec ce mec-là, de partager avec moi telle ou telle situation.” Quand c’est comme ça, c’est que le moment est venu de s’y remettre sérieusement.”

Et sérieusement est encore un euphémisme! “Past & Future”, enregistré à Proville, dans le Hangar à Sons, avec Bertrand Charlet aux manettes (et qui est en charge du son du groupe sur scène) et avec Enzo Gabert (batteur) et Nelson Martins (basse), qui accompagnaient déjà Mat sur scène, est un disque de combat et de constat, une collection de chansons qui privilégient, aux mouvements de masse, un individualisme salvateur. Skip The Use n’a jamais été un adepte des slogans réducteurs, il a toujours cru en l’homme, dans sa capacité à décider de son destin par et pour lui-même et ce disque parle aussi beaucoup de ça. Des femmes également, celles que l’on aime et celle que l’on ne supporte plus, c’est un disque qui relie analogique et numérique, qui honore la transmission, cette soif de ne pas oublier pour mieux écrire l’avenir. “On adore plein de nouveaux trucs mais on est aussi vraiment désolé pour tous ces mômes qui n’ont pas eu la chance de connaître Nirvana” dit Mat. Il s’agit de ça. Pas d’une nostalgie rance, jamais mais bel et bien du désir de prolonger l’aventure, pour eux et pour les autres. Et avant même de sortir le disque, Skip The Use a décidé de repartir en tournée. Il ne pouvait en être autrement.

Yann: “C’était pour que les nouveaux mecs dans le groupe prennent leurs marques, pour se remettre dedans aussi. La scène, c’est notre ADN, on s’est fait grâce à elle. On vient de là et c’est là qu’on a envie de baffer tout le monde (rires). Ça, ça ne changera jamais. Et puis, les concerts, il n’y a rien de mieux pour te redonner l’énergie nécessaire. C’est un boost incroyable.”

Mat: “Et franchement, la réaction du public, super! Là, quand on joue “Damn Cool”, c’est la guerre (rires)! C’est génial. Tous les soirs, c’est la guerre. De voir 2000 gamins qui ne connaissent pas vraiment nos chansons d’avant s’éclater pendant tout le concert, c’est… Ouais, c’est une vraie cure de jouvence.”

Les adolescents d’hier sont aujourd’hui pères et maris, les responsabilités ont glissé vers un autre horizon. Et les nou­velles chansons y ont gagné en efficacité, en lucidité, avec toujours la même hargne, la même ardeur lorsqu’il s’agit d’enflammer le public. Le groupe a bossé sur plusieurs titres avec l’Américain Neff-U (Dr Dre, Eminem), pote de Mat, a invité au micro Lia-Jane Gitlis (celle qui avait chanté déjà sur “Stand As One”) et Maelis, la fille de Bertrand Charlet. C’est un disque de famille, d’amis, de clan. C’est un disque qui va indiquer un avant et un après, indéniablement. “Cali”, ménage à trois entre Mat, Yan et Neff-U, navigue entre le réel et l’irréel, elle chante le fantasme californien, ce qui est et ce qui semble être, ce sont des guitares abrasives, des riffs metal, c’est hybride et diablement cohérent, c’est Skip The Use aux sommets de sa forme! Tout comme “Damn Cool”, véritable catalyseur, indice du renouveau, le titre qui a peut-être montré le chemin. Avec son refrain de vertige. “Du Bout des Doigts”, en français, chante les réseaux sociaux et tente de faire la différence entre virtualité et réalité, haine anonyme et chair bien vivante. Mat: “C’est une époque charnière: Pour la première fois de la vie, on n’a plus le droit à l’oubli…” précise Mat. “Forever More” ravira les fans de la première heure et captivera les autres. Cavalcade typique de Skip The Use, imparable. “Get Papers” raconte les femmes d’aujourd’hui. Féminisme et basses trépidantes. C’est surtout un tube en puissance, idéal pour une nuit en club qui refuserait d’abdiquer.

Mat: “Nous, on peut dans la même soirée, on l’a déjà fait, faire un concert avec Metallica, ranger notre matos et en­suite enchaîner avec une soirée à danser comme des malades sur du Pharell Williams.” Évidemment! “Goal”, électro et moderne, et son pied qui insiste, c’est cette volonté d’avancer, coûte que coûte, malgré les doutes et les galères.

Mat: “C’est l’histoire en fait de quelqu’un qui décide de se prendre en main. Comme nous avec Skip The Use. On en a chié, on a travaillé dur mais toujours en se disant: “On fait les choses à fond et nique sa mère! On assume et on y va!””. Let’s go donc! Il y a encore un triptyque amoureux remarquable avec les chansons “Toxic Affair”, “Wait A Minute” et “Kiss”. On passe d’une relation destructrice à une rencontre fortuite pour finir sur l’amour qui est là, tangible, capable de se conjuguer au futur. Presque comme le symbole de l’évolution du groupe. Mat a toujours eu du mal à chanter les sentiments amoureux et là, il frappe trois fois avec une précision et une émotion totales. “Lead Or Follow” et son ap­proche rythmique pas loin du drum&bass, alterne accélérations et introspections. “Look Around” s’attache à déchirer le voile des ténèbres pour atteindre la lumière. Inspiré par Nina Simone, qui chantait la beauté du peuple noir malgré le racisme et les interdits. Beau et tout en progression. “Marine”, oui, on parle bien de la même, est une chanson qui va droit au but.

Mat: “Il y a une femme politique en France qui nous casse les couilles depuis trente ans, on s’est dit qu’on allait lui casser les couilles pendant trois minutes (rires). Ça fait tellement de bien de la chanter celle-là (rires).” Voilà. Et on re­trouve ici avec bonheur cet esprit punk si cher à Skip The Use depuis toujours, même avant qu’il ne choisisse ce nom. “Save Me”, façon Foo Fighters, et donc Beatles, est une petite merveille de pop enlevée, de rock fédérateur. “Your Turn To Love”, avec encore Neff-U, est frais et dansant mais il ne faut pas s’y tromper. Skip The Use a souvent aimé mêler forme aérienne et fond profond.

Mat: “C’est l’histoire d’un mec qui voit une femme se faire caillasser à la télé. Et de ma fille de 8 ans qui se demande pourquoi on l’insulte parce qu’elle est noire. On en fait quoi de tout ça? De toutes ces différences?”.

“Past & Future” ne s’apitoie jamais, il refuse la déprime, le cynisme. Bien au contraire même. C’est un disque qui monte au front, qui veut tout emporter sur son passage. Skip The Use est prêt, impatient même. C’est la très bonne nouvelle de cette année.

Can be late (2012) : 83 000 exemplaires vendus

Little Armagedon (2013) : 39 000 exemplaires vendus

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Album
PAST & FUTURE
(Polydor)
Retrouvailles en grandes pompes pour Matt Bastard et Yan Stefani, après des bifurcations en solo, pour un nouvel album incandescent.
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